Explication du shéma
Ce petit schéma a pour but de faciliter la vision des liens logiques entre les concepts de symbole, archétype, valeur, éthique et histoire mythique ou métaphorique, ainsi que leur rôles dans la compréhension de nos profondeurs intérieures (voir les définitions ci-dessous).
Les retentissements intérieurs des symboles agissent comme des clefs qui ouvrent le passage vers les archétypes, c’est-à-dire vers les profondeurs de l’inconscient, nos profondeurs intérieures.
Sur le schéma, elles sont symbolisées par deux signes de l’infini entremêlés qui répondent au même symbole agrandi. On tente ainsi de mettre en évidence le jeu de miroir entre les profondeurs infinies du macrocosme et celles de notre microcosme intérieur.
Et de ces profondeurs infinies, on ne sait pas grand-chose. On ne peut que se contenter d’en percevoir certains effets et de supputer…
Je trouve que la vison jungienne permet d’entre-imaginer quelque chose de ces profondeurs intérieures. Notamment le fait qu’y vivraient des archétypes… dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’ils se manifestent au travers de mythes, d’histoires, de jeux, de représentations, de rêves, etc… qui font les cultures humaines. C’est aussi tout ce matériel qui permet en même temps à l’individu d’être part de l’Humanité, de par les jeux de va-et-vient permanents entre ce monde archétypal et le monde extérieur.
Dans ma vision, parmi les messagers de ces deux mondes, on trouve les valeurs. Si j’avais su dessiner, j’aurais, dans mon schéma, assorti le mot « valeur » de représentations de notre cher Hermès, célèbre pour ses voyages entre les mondes…. Ne sachant pas dessiner, je ne peux que vous inviter à le rêver.
Il y a un lien entre les notions de « valeurs » et d’ « éthique ».
Et je n’engage que moi en métaphorisant ce lien par une image : l’éthique serait la colonne vertébrale du psychisme de l’individu et les valeurs en seraient les vertèbres. Quant à l’ordre des vertèbres, il est partiellement culturel et éducationnel et partiellement individuel.
Ainsi, je vais inviter chacun d’entre vous à prendre quelques minutes de réflexion pour se demander quelles sont les 2 principales valeurs à ses yeux, et dans quel ordre. Pour vous y aider, vous pouvez penser à un ami et vous poser la question : « quels changements –de comportement, d’attitudes….-, chez cet ami, pourrait me pousser à me détacher de lui ? »
Ensuite, on peut vérifier si on retrouve quelque chose de commun chez ceux qu’on a élu comme amis.
Ainsi donc, les valeurs en elles-mêmes sont universelles et me paraissent constituer une manifestation des archétypes.
L’éthique et les valeurs qui entrent dans sa constitution, constituent par définition un volet de la vie humaine qui ne peut que dépasser une approche purement individuelle pour atteindre une dimension collective.
Je reprends à mon compte les paroles d’Albert Jacquard qui dit: « j’existe lorsque l’autre me dit bonjour ». C’est aussi lui qui dit « Ma liberté s’arrête là où commence celle de l’autre ». Ces paroles mettent en évidence une ligne éthique qui implique l’attention à l’autre, la coopération et la relation en tant que porteuses d’un plus de sens de la vie. Et cet autre, à travers lequel je suis, fait partie de moi comme je fais partie de lui.
C’est pourquoi j’ai placé l’éthique à la sortie de la branche de la spirale qui va vers l’extérieur. Je la considère comme une interface entre le monde intérieur et le monde extérieur.
J’ai mis l’histoire mythique ou métaphorique à l’entrée de la spirale parce qu’elle peut aussi constituer une interface puisqu’on peut, par ce chemin, plonger dans les profondeurs intérieures.
Ainsi, pour quelqu’un qui écoute des histoires riches en figures archétypales significatives, le fait d’être attiré par certains personnages -voire de s’y identifier- et d’être rebuté par d’autres personnages, va l’aider à se choisir des valeurs. Il va vouloir être comme Blanche-Neige, plutôt que comme la marâtre-sorcière, par exemple. En opérant ces choix, il intègre les valeurs sous-tendues.
Evidemment, l’être humain est plus complexe qu’un ordinateur dans lequel il suffirait d’introduire une information (l’histoire) pour mettre en route un programme préexistant qui engendrerait une éthique… Pour que l’éthique soit bien installée, juste et solide, il faut bien plus que ça…
Définitions :
1. Les archétypes
Les archétypes sont, selon Jung auquel je me réfère, les organes du psychisme. Précisons que les archétypes, dans leur essence, sont insaisissables et indéfinissables. Nous n’avons accès qu’aux représentations que nous pouvons nous en faire.
Ces représentations archétypales, nous n’y échappons jamais. Même si nous ne sacrifions généralement plus à Demeter ou à Vénus par exemple, on se pâme devant Marylin Monroe, Brigitte Bardot ou Jennifer Lopez, selon les générations.
Ces femmes ne renverraient-elles pas, en fait, au même archétype du féminin éternel que celui auquel renvoie Vénus. Mais en une version plus pauvre parce que très précise et limitée ; ne laissant que peu de place aux rêves –ou, pour être plus juste, ne laissant place qu’à des rêves assez pauvres. Plus pauvres, notamment parce que de ces femmes-là, on peut connaître –ou croire connaître- la vie dans tous ses détails, alors que d’une Déesse on ne connaît que la partie la plus émergée de l’iceberg. Son essence reste un mystère. Mais puisque nous n’avons plus de Déesses, nous sommes bien obligés de nous raccrocher à d’autres représentations des archétypes. Obligés psychiquement, pour asseoir notre vie intérieure.
Il est indispensable à notre équilibre psychique comme à la culture qui fait de nous des êtres humains à part entière de nous construire et nous situer par rapport à des représentations archétypales.
Et en disant « être humain à part entière », je veux parler d’un être toujours en cheminement vers une élévation de conscience. Alors, si ces autres représentations ne sont que des humains banaux, c’est au grand dam de notre richesse culturelle et intérieure.
Mais comment pourrions-nous différencier une représentation archétypale riche d’une représentation archétypale pauvre ?
Un « outil » de détection pourrait être de se poser la question « que symbolise Vénus ? – Que symbolise Jennifer Lopez ? » Plus la réponse peut être multiple et complexe, plus la représentation est riche. Ce qui nous amène aux symboles…
2. Les symboles
Je vois le symbole comme une clef qui ouvre la porte vers ce qu’on ne connaît pas clairement mais qu’on est appelé à reconnaître. Dans cette acception du mot, le symbole, loin d’impliquer une sorte de correspondance terme à terme entre deux éléments, ouvre la porte au champ des possibles de ce qui fait l’âme humaine.
Or, pour moi, l’âme humaine ouvre sur l’infini. L’infiniment profond, pour être plus précise. Et cet infiniment profond se compose, notamment, d’archétypes. Donc, à mon sens, les symboles seraient des clefs d’accès vers l’univers archétypal qui règne dans l’infini de nos profondeurs intérieures.
Dans cette perspective, l’usage du symbolisme pourrait se manifester par une « autorisation » pour l’imaginaire à voyager dans le monde intérieur. Ainsi devient-il possible d’établir des associations multiples entre la clef qu’est le symbole et les éléments du monde intérieur que sont les archétypes.
Ces associations ne sont pas statiques : elles évoluent au fil du temps et des situations que traverse la personne. Elles constituent un bagage propre à l’aider à profiter de chaque situation de vie, aussi difficile soit-elle, pour évoluer et poursuivre sa croissance intérieure.
Le cheminement au sein du monde symbolique constitue donc une voie royale vers le monde archétypal.
Dans le cas d’histoires métaphoriques, je dirais que les représentations archétypales sont mises en scènes par l’histoire. Elles se symbolisent, en ce sens qu’elles évoquent pour nous quelque chose qui peut se traduire par un symbole.
Nous autres, humains en recherche, ne partons pas toujours d’histoires mythiques ou métaphoriques –explicitement en tout cas- pour travailler avec les symboles. Nous faisons souvent l’inverse : nous rencontrons des symboles (objets, paroles, gestes…) et ils peuvent induire des représentations archétypales. Ainsi par exemple, lorsqu’on manie des symboles religieux, tels le Christ en croix, par exemple, on peut s’imaginer soi-même sur la croix ; on peut imaginer comment Il a souffert, ou comment Il a transcendé, etc…. Nous créons donc, à partir du symbole, notre représentation archétypale de l’homme-Christ. Dans d’autres religions, on trouvera des symboles plus abstraits, tels, par exemple, le triksel des Bretons… qui montre trois spirales réunies en leurs extrémités externes. Avec les découvertes scientifiques actuelles, on peut se dire que la spirale (celle de l’ADN, par exemple) est inscrite en tout ce qui vit. Celui qui connaît un peu les philosophies orientales pourra penser à le Kundalini, parcelle d’énergie divine, spiralée, résidant dans notre sacrum. Mais, même sans ce type de connaissance, on peut se laisser bercer par le symbole, laisser venir à notre conscience ce qu’il évoque. Cette création nous invite à laisser retentir les symboles en nous d’une nouvelle manière. Et peut-être qu’à partir de là, nous allons modifier notre Christ intérieur et que celui-ci, à son tour, va éclairer les symboles sous un autre angle, etc…
Autre exemple, beaucoup d’histoires métaphoriques font référence à des symboles animaux… quel sens leur donner ? Comme pour tout symbole, on peut avancer quelques hypothèses d’explication sans jamais pouvoir affirmer : « voilà LE sens », ni même : « voilà LES sens de ce symbole ».
Une hypothèse que j’avancerais est que nous avons tous, plus ou moins enfouis en nous, un animal –voire même des animaux. Nos instincts, notamment. Et ces instincts, on peut s’y livrer corps et âme, au point, parfois, de perdre peu ou beaucoup de son humanité ; on peut aussi les nier « MOI, je suis bien au-dessus de tout ça : je suis un Homme, moi ». Et peut-être est-ce encore pire parce que ce que l’on nie en soi agit de manière beaucoup plus subtile –donc beaucoup plus puissante- que ce que l’on reconnaît. Il me paraît donc préférable d’accueillir cet aspect animal, de dialoguer avec lui, de l’apprivoiser, afin qu’il puisse nous apporter toute sa force sans nous dominer. Si je change de grille de lecture, je dirais qu’il est élevé au rang de totem, en quelque sorte. Il devient l’esprit-animal avec qui l’être humain établit un contrat. Et cet esprit-animal, ce totem, correspond à une représentation archétypale.
3. Les valeurs
A travers le temps et l’espace, on retrouve la présence de valeurs similaires dans les sociétés humaines. Elles semblent en sous-tendre les échafaudages que sont les structures politiques, juridiques, etc… Et ce, même à travers les différentes structures sociales. De la même manière, elles semblent sous-tendre la construction psychique et les mobiles des actions de l’ensemble des individus humains. La hiérarchie de ces valeurs n’est pas partout la même et leurs définitions respectives diffèrent d’un individu à l’autre.
Ainsi par exemple, si je prends la notion de justice, elle se retrouve dans toutes les sociétés ainsi que chez tous les individus (ou presque : je n’oserais pas affirmer qu’il n’y a aucune exception).
Mais si je demande à 10 personnes ce qu’est la justice, je vais obtenir dix réponses différentes :
- une personne estimera qu’il y a justice si chaque individu jouit des mêmes droits et des mêmes devoirs et que seule une société anarchiste peut répondre à cette réalité.
- Une autre estimera que la seule manière de faire régner la justice est de respecter la loi divine en suivant scrupuleusement toutes les règles de la religion concernée.
- Une troisième personne pourra estimer que pour faire régner la justice, il faut prendre aux riches une part de leurs biens et la redistribuer aux pauvres...
A en croire Pierre Jakez Hélias, dans l’ancienne Bretagne, le voleur était un personnage très respecté qui avait pour mission de voler chez les riches –sans se faire attraper- et de repartager le butin avec les pauvres (il ne pouvait en aucun cas s’attribuer seul les fruits de ses actes !). Il instituait la sécurité sociale de ce système-là. Parmi les bienfaits que son action engendrait, il y avait le fait d’aider les riches à être en paix avec leur conscience.
On trouve des traces de cette institution dans certaines histoires telles que « Robin des Bois » et « Tijl Uylenspiegel », de Charles De Coster, pour citer au moins une œuvre de chez nous.
Ces personnages de « nobles voleurs », dirais-je correspondent également à un archétype. Hermès (encore lui) est, notamment, le dieu des voleurs. Tout en étant le messager des dieux dont il apporte aux hommes les paroles. Sa fonction est donc noble plutôt que vile.
Par contre, dans une société qui n’institue pas de cette manière le métier de voleur, certains individus se basent sur la même valeur et font leur le même processus -le vol- pour tenter d’équilibrer la balance sociale. Mais ils ne jouissent pas de la même reconnaissance sociale et risquent d’être pénalisés pour leurs actions. Il est vrai aussi que tous les voleurs ne pratiquent pas de cette manière la solidarité (autre valeur aux définitions multiples) et, soit ne partagent pas leur butin, soit le partagent mais uniquement avec les membres de leur clan (famille ou bande, par exemple).
- D’autres encore estiment que la justice implique le respect d’une hiérarchie sociale établie, comme c’est le cas, notamment, dans les sociétés féodales. Par exemple, à faute égale, le châtiment ne sera pas égal selon la classe –ou caste- sociale dont est issu le délinquant.
On pourrait, bien sûr, trouver encore bien des exemples différents pour cette même valeur et il en est de même pour toutes les autres.
Auteur : Marianne Gassel (textes protégés par la SCAM, société de gens de lettres, n° d'enregistrement 00 929 )
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