07 août 2005

Archétypes et initiation

(ce texte vise à une lecture des processus initiatiques à la lueur de certaines conceptions jungiennes)

1) La perspective constructiviste

D'aucuns, dans le monde scientifique entre autre, pensent que la rationalité est l'outil essentiel pour comprendre le monde. Afin de mieux se situer par rapport à cette croyance, il est utile de s'interroger sur ce qu'on considère comme étant rationnel. N'oublions pas que Descartes, père du "cartésianisme", forcément, estimait que l'édifice rationnel se construit à partir d'un axiome de base, qui constitue un donné fondamental, pas forcément rationnel et pas forcément observable. Il peut être purement intuitif; il peut être d'origine divine.

Cependant, souvent, on a tendance à assimiler la pensée rationnelle à la méthode positiviste de découverte du monde. Et celle-ci procède par accumulation de petites observations organisées de manière systématique et renouvelées jusqu'à ce que la preuve soit faite qu'elles sont renouvelable indéfiniment dans des conditions simimaires -ou semblables. Dès lors, on en tire une loi. Cette loi devient un élément d'une nouvelle construction "rationnelle". A mon sens, un défaut de cette approche est la nécessité de couper le réel en petits morceaux. En effet, il serait impossible de mener de telles observations en intégrant tous les facteurs de la réalité. On est obligé d'en isoler.

Alors si, au lieu de prendre la vision positiviste comme la seule approche rationnelle possible, on se tourne vers le constructivisme, on ouvre le champ des possibles. L'approche constructiviste part du principe qu'il n'y a pas une vérité absolue ou, du moins, que si elle existe, elle n'est pas à notre portée. Et, en effet, nous ne possédons, pour percevoir le monde, que cinq petits sens bien limités. Mon chien, si bête soit-il, entend et sent des trucs que moi, génial être humain, je n'entends pas et ne sens pas. Ainsi, il m'attend à la porte parfois cinq minutes avant même que je n'arrive dans la rue. Comment fait-il ? Personnellement je suis bien incapable d'en faire autant. Si une femelle en chaleur se promène dans le quartier, le voilà tout en affaire alors que moi, il m'a fallu bien longtemps pour trouver le beau mâle auquel mon coeur aspire.

Et cette mouche qui se promène au plafond, elle perçoit sans doute bien des choses dont je n'ai pas idée. Sans compter le fait que je ne vois jusqu'au "bout", malgré les outils amplificateurs, ni l'infiniment petit, ni l'infiniment grand ou éloigné. Donc comment puis-je prétendre que mes sens m'informent sur "La Vérité"... Par contre, j'ai la chance de posséder un autre outil, qui est ma conscience. Et grâce à elle, je construis "Ma Vérité". Et comme ma conscience à moi est unique, même si elle a des similitudes avec la conscience des autres humains, je ne peux que développer l'humilité qui me permet de dire que Ma Vérité n'est pas forcément La Vérité.
Donc, ma vérité, je la construis.

Mais si nous nous mettons à plusieurs à construire, nous obtenons "Notre Vérité". Un bagage qui nous est globalement commun et déjà plus large que "Ma Vérité". Même si au sein de ce bagage commun, chacun se la met au pied (la vérité), se l'approprie de manière personnelle.
Toute cette entrée en matière, pour dire que l'approche jungienne peut être aussi scientifique que n'importe quelle autre approche, si l'on accepte le chemin constructiviste comme étant scientifique.

Je précise cela parce que Jung a souvent été décrié parce qu'il remettait en question les institutions religieuses et les dogmes en tant que tels. Beaucoup de scientifiques, quant à eux, estiment qu'il parle de ce qui ne se "voit" pas et ne se mesure pas (comme le dit le narrateur dans "Le petit Prince", les adultes ont toujours besoin de chiffres popur que les choses leur paraissent sérieuses). Longtemps, les Freudiens ont rejeté Jung parce qu'il s'est trouvé être un dissident de Freud, notamment parce qu'il voyait bien au-delà du "tout sexuel" de Freud.
Cela fait beaucoup pour un seul homme (mais un grand, il est vrai). Et aussi beaucoup de force d'inertie face à ceux qui entrent dans cette manière de comprendre l'être humain. Mais l'Humain dans sa dimension non (entièrement) perceptible avec nos cinq sens, l'humain intérieur, subtil et hermétique.

2) Inconscient collectif et archétypes

2.1. Leur essence

Dans les différentes cultures humaines, à travers le temps et l'espace, tout un bagage commun imaginaire, mythique, poétique se retrouve, bien que présenté sous des formes différentes.
Je prends, bien sûr, le mot "culture" dans son acception large et ne résiste pas au plaisir de citer la définition qu'en donnait mon père: "C'est l'outillage, à l'aide duquel un groupe humain perçoit le monde, comprend le monde, agit sur le monde; c'est ça façon d'être au monde."

Jung constate que lorsque les Humains laissent parler leur intériorité, ils contactent ce bagage commun. Cela se produit, par exemple, à travers les rêves. Pour lui, donc, les rêves ne se contentent pas de manifester le vécu strictement individuel du rêveur mais intègrent et expriment des éléments (personnages, évènements...) qui appartiennent à ce bagage imaginaire commun à l'Humanité. Et, attention ! Le mot "imaginaire" n'implique pas que cela ne soit pas vrai ! L'imaginaire est peut-être un instrument très perfectionné pour percevoir la part de réel qui est inaccessible à nos sens !

Il constate encore que, sans la référence interne à ce bagage, l'être est, psychiquement, malade, désequilibré, à côté de ses bottes. A force de fouiller, à la fois dans de multiples cultures et dans l'âme de ses patients (ainsi que dans la sienne propre), il parvient à établir des lois de fonctionnement de ce bagage commun ainsi que de la manière dont les individus et les sociétés s'y "accrochent" ou s'y "branchent".

Il appelle "inconscient collectif" ce bagage commun et "archétype", chacun des éléments qui le constituent. Il compare les archétypes à des organes. Et considère donc que nous avons besoin d'avoir nos archétypes bien en place, et d'y laisser couler librement l'énergie psychique, pour être en bonne santé mentale, psychologique.

2.2. Leur mise en évidence

Comment les archétypes sont-ils mis en évidence chez un individu ? Parce que, dès sa plus tendre enfance, on nourrit l'enfant des contes, légendes, mythes fondateurs et autres, propres à la culture dans laquelle il grandit. On lui nourrit l'âme en lui racontant des histoires, en les lui chantant, jouant, dansant... En les lui représentant de diverses manières. De plus, lorsqu'on analyse avec lui le pourquoi des choses, le comment agir sur le cours de la vie, on peut utiliser les outils archétypaux pour le faire et lui donner ainsi une meilleure emprise sur sa vie, parce qu'il travaillera au niveau des profondeurs de son être.

Les archétypes sont universels et incontournables : ils sont des constituants fondamentaux de la psyché humaine, mais ils peuvent être représentés sous des formes plus ou moins riches, plus ou moins complètes. Et si on ne nourrit l'enfant que d'une version appauvrie, voire enlaidie, de ces archétypes, on ne l'aide à se construire que des organes fragiles et laids.

De la même manière qu'un enfant physiquement nourri de chips et de coca risque de ne pas se construire un organisme solide. Par ailleurs, si ces représentations archétypales sont très précises, elles ne laissent plus de place à l'imaginaire de l'enfant, elles s'implantent chez tous d'une manière et sous une forme similaire. On ne permet pas, ainsi, à chacun, de développer sa propre version, sa version individuée, des archétypes. On ne permet pas au jeune être de se tailler sa propre pierre: on la lui rabote de l'intérieur ! Et ainsi, on favorise l'émergence de générations de personnes qui ne peuvent se structurer que par rapport à des repères pauvres et sans nuances; qui ont du mal à goûter le nectar de la vie dans son essence et qui, pour se donner des succédanés de défis, mystères et autres frissons, sont obligés de recourir à des outils extérieurs tels que drogues, actes délictueux, etc... Comment pourraient-ils s'intéresser à la beauté pure, à la force intérieure et subtile, ou à une quête de la sagesse qui ne leur paraît que mièvrerie ?

Ceci explique pourquoi je suis très méfiante par rapport à l'usage de la TV chez les enfants....
Mais quel merveilleux instrument que cet outil de rabotage, pour l'installation en profondeur de la pensée unique !

2.3. Leurs rôles

En aidant un enfant à rencontrer son bagage archétypal, on lui permet de se raccrocher au courant de l'humanité, de développer le sentiment de sa puissance d'action... Autrement dit, on lui apprend qu'il est quelqu'un qui compte au sein d'une collectivité humaine dont il n'est pas indépendant.

On lui procure aussi tout un outillage de "construction-réparation" de son être intérieur: il a une maman, une mère. Elle lui a donné la vie, au moins sur le plan biologique. Mais elle n'est pas parfaite: elle a aussi été source de souffrance, quoiqu'elle fasse (elle l'a trop frustré et il en a souffert; ou bien elle ne l'a pas assez frustré et, plus tard, il ne supporte pas son autonomie croissante, etc...). Et bien, il peut réparer -ou partiellement réparer- ses blessures, s'il a intégré qu'il y a aussi une "grande mère", une Déesse-mère, qui l'aime de manière inconditionnelle, qui lui donne la vie, qui le nourrit, le soigne, le cajole, etc.... Celle-ce peut prendre des formes différentes selon les cultures: qu'elle soit une déesse; qu'elle soit la vierge Marie; qu'elle soit la planète Terre qui, tous, nous porte et nous nourrit; qu'elle soit la "Shekina", la force sacrée de vie, de sagesse, ou qu'elle prenne encore une toute autre forme...

Mais l'important c'est que l'enfant soit conscient qu'au-delà de sa mère de chair, avec ses imperfections, il y en a une autre, plus absolue, qui incarne la perfection. Il pourra se construire avec cette image intérieure, il pourra développer en lui, grâce à ce modèle, une mère "meilleure", qui prend soin de lui mieux que sa mère biologique n'a pu le faire; mais aussi qui, le jour venu, pourra nourrir, porter et aimer comme une mère ses propres enfants, même s'il est un père, d'ailleurs et même si ses enfants sont symboliques (autres personnes, oeuvres, etc...).
D'après Jung, une société qui ne reconnaît pas -sous quelque forme que ce soit- la Grande-Mère, est une société malade.

En effet, si une bonne partie de la population (dont ses dirigeants) n'a pas intégré l'image de la bonne mère, elle peut ne pas être capable d'éprouverdes sentiments de compassion pour les autres êtres humains, ou vivants en général et, donc, elle développera plus facilement de la violence et un non-respect de la vie et de l'intégrité des êtres.

Le même processus s'applique, bien entendu, aux autres personnages-clefs qui entourent l'enfant (père, frère, soeur, etc...) ou à des évènements majeurs de la vie: d'où il vient (mythes fondateurs), la peur (les enfers, les lieux ensorcelés, les êtres effrayants), la joie (les cadeaux magiques ou divins), etc... Il en est de même de tout ce qui constitue son univers, ce qu'il connaît: les éléments de la nature (esprits des éléments), les personnages (les sorcières, ogres et autres diables, ainsi que les Blanche-Neige, bonnes fées et ggentils petits nains).

2.4. Apprentissages et archétypes

Outre le "simple" envrironnement sensible, les objets de connaissance intellectuelle: les nombres, par exemple, au-delà de leur utilisation purement pratique, ont toujours nourri l'imaginaire et l'Esprit des plus éveillés des hommes. Ils sont lourds de multiples sens. Les lettres, également, qui avant de servir d'outils de communication entre êtres humains, constituaient des supports à certaines pratiques rituelles, magiques ou de divinations (c'est-à-dire une autre forme de communications, à la fois interne et externe). On le sait bien pour les runes des Nordiques ou l'usage fait des lettres hébraïques dans la Kabbale. C'est moins connu pour certains alphabets des peuples "sans écriture" d'Afrique, notamment.

Alors, bien sûr, si on peut, en enseignant les mathématiques, laisser parler les nombres et leurs combinaisons, à l'âme des enfants; si on peut, en enseignant la lecture et l'écriture, laisser parler à l'âme des enfants l'énergie portée par les lettres et leurs combinaisons, plutôt que de ne placer son attention que sur le développememnt d'une utilisation rationnelle et efficace -productive- des ces connaissances, on va peut-être, là aussi, laisser parler les archétypes de manière constructive et engendrer un sens profond aux apprentissages. En effet, la pédagogie actuelle prône le sens, elle ne fait que cela ! Mais elle ne voit le sens (presque) que dans l'utilisation rationnelle, pragmatique, fonctionnelle ou dans le plaisir facile, le plaisir de distraction. On s'exerce en s'amusant. C'est très bien, bien sûr. Mais, généralement, on vise un amusement que je nommerais "léger", "de consommation", en oubliant le plaisir, voire la joie d'apprendre qui se développe d'autant mieux qu'on va toucher les besoins psychiques les plus fondamentaux de l'être. Il s'agit-là d'un autre sens. Un sens qui ne se limite pas à l'aspect fonctionnel ou/et à la distraction mais quimonte des profondeurs du psychisme humain. J'en veux d'ailleurs, non pas pour preuve (ce serait exagéré) mais pour indice le nombre de personnes -adultes comme enfants- qui disent qu'ils aimeraient fréquenter l'école d'Harry Potter.

2.5. Ce qui est dedans est comme ce qui est dehors

Je reprends la parenthèse apparue plus haut: "... une autre forme de communication, à la fois interne et externe". En effet, notre habitude d'une approche positiviste des phénomènes nous donne l'impression q'uil faut distinguer l'exogène de l'endogène -ou- ce qui est vraiment vria (vrai pour de vrai) de ce qui habite notre imaginaire. Mais Jung -sans exclusive- nous propose un autre paradigme, dans lequel ce qui est dedans est comme ce qui est dehors.

Et d'ailleurs, si on regarde les archétypes qui constituent certaines formes, on se rend compte qu'elles sont puissantes en nous mais qu'elles existent aussi dans la nature.
Je peux prendre l'exemple de la spirale, qui évoque l'évolution de l'être. Mais on sait maintenant qu'elle est très représentée dans la nature -en nous comme hors de nous- dans la forme de l'ADN, notamment.

Un autre symbole universel est le pentagramme. Prenez une pomme et coupez-la en deux transversalement: vous obtenez un pentagramme bien visible. Il faudra enlever les pétales des la rose ou de certaines autres fleurs pour l'y découvrir également.... Or la pomme n'est-elle pas un symbole riche de sens dans notre culture (le pommier du Druide et le gui qui, rarement, y pousse ainsi que, bien sûr, la pomme de la connaissance) ? Et la rose ne porte-t-elle pas toutes les promesses, à la fois de l'amour terrestre, humain, et de la plus haute évolution spirituelle ?

Je ne peux résister au plaisir de parler ici d'une recherche qui m'a été présentée, montrant que si l'on construit le modèle actuellement utilisé par les chimistes, du double atome de carbone (et les chaînes de carbone constituent une base de la vie), et qu'on met en évidence, dans ce modèle, les électrons libres, on voit se dessiner quelques symboles qui remontent à la nuit des temps. Par exemple, lorsqu'on regarde tourner ce modèle, comme on suppose que tourne effectivement ce double atome, on voit apparaître, sous certaines positions, la croix à branches égales (croix druidiques et templière, notamment); sous d'autres positions, le signe de l'infini; sous d'autres positions encore, la svastika, présente sur tout autel ou lieu de culte hindouiste; et sous un autre angle de vue, on voit apparaître le "Om", tel qu'il s'écrit en sanskrit. On peut encore voir, toujours dans ce même modèle, l'alpha et l'oméga (ce qui nous ramène à la charge archétypale des lettres, abordée plus haut).

On pourrait envisager un listing plus complet de ces symboles présent dans la nature -dont nous sommes ! Nous ne sommes pas isolés: ces formes qui construisent la nature, elles sont aussi en nous ! Le carbone, l'ADN, nous habitent -ou plutôt, nous constituent.

Alors pourquoi serait-il irrationnel que notre inconscient les reconnaisse et vibre lorsqu'il en perçoit la représentation ? Puisque des supports physiques d'archétypes sont partout....

3. L 'initiation

Je devrais plutôt dire "les initiations" puisque il en existe de plusieurs types. Quelques caractéristiques cependant vont être communes à chacun de ces types :
  • la personne va vivre un psychodrame qui va faire appel à des archétypes. Ceux-ci seront mis en scène de manière à provoquer un état émitonnel propice à une mobilisation de l'énergie psychique liée à ces archétypes. Et en même temps, comme il s'agit déléments archétypaux avec lesquels le candidat n'a pas l'habitude de dialoguer dans le quotidien, ils vont entraîner une déstabilisation psychologique qui sera propice à l'émergence d'états internes particuliers ainsi qu'à la réceptivité à ce qui est neuf;
  • la personne se sentira alors dans un état particulier et inconnu, ce qui entraînera chez elle une double conséquence (au minimum) :
    - cela lui montrera qu'il se passe bien quelque chose de spécial;
    - l'impact favorisera une inscription à long terme de cet évènement (et surtout des émotions, sentiments et réflexions qu'il a sucités) dans la mémoire consciente et inconsciente. Cette inscription créera un point d'ancrage qui pourra se traduire par un attachement particulier (ou un rejet particulier si la personne n'est pas prête). Ce point d'ancrage servira de repère psychologique contribuant à la fois à solidifier le psychisme de la personne et à faire travailler l'esprit, par la réflexion et par les mouvement de l'imaginaire.

3.1. Les rites de passage

Ce sont des initiations par lesquelles, au sein d'une société donnée, tout le monde passe lors de certaines étapes de la vie. Un peu comme des examens scolaires (à moins que ce ne soit l'inverse), les rites de passage vont permettre à la personne, aux différentes étapes de sa vie, de tester et d'ancrer la maîtrise de ces archétypes.

  • Les tester parce qu'elle aura à subir des épreuves au cours desquelles elle devra mobiliser tout ce qu'elle connaît, et pas seulement rationnellement, loin s'en faut. Parce que,par exemple, des enfants africains qui doivent passer trois jours et trois nuits dans le bois sacré, sont confrontés à des problèmes existentiels liés à la vie et à la mort. Ils doivent boire et manger, bien sûr; mais ils doivent aussi réussir à ne pas être attaqués par les esprits des ancêtres qui ont pris la forme d'animaux dangereux (serpents, lions, etc...). Et les adultes, les référents et protecteurs habituels, ne sont pas là.
    Il leur faudra donc faire appel à leurs outils intérieurs pour combattre la peur, développer la solidarité et adopter, dans la nature, une attitude qui permette la survie.
  • Les ancrer parce qu'ils doivent fouiller à l'intérieur d'eux-mêmes pour trouver le matériel nécesaire à ce qu'ils vivent et ne connaissent pas d'avance. Ils font ainsi paraître le niveaude conscience qui est maintenant le leur.

Et, bien sûr, les jeunes initiés sont ensuite accueillis en recevant un statut qui leur attribue une place honorable dans la société. Et ce nouveau statut leur donne accès à certaines connaissances, tâches et droits auxquels ils n'avaient pas accès auparavant puisqu'ils n'avaient pas fait preuve de leur niveau de maîtrise.

Ce système d'éducation balisé au sein d'un système initiatique va à l'encontre de la pédagogie actuelle qui donne tous les savoirs à n'importe qui , le critère de sélection n'étant basé que sur la capacité à intégrer ces savoirs et pas du tout sur le niveau de conscience. Or tout savoir donne du pouvoir et le pouvoir revient donc aux plus habiles et pas forcément aux plus honnêtes. Ainsi, nos cours de physique, intelligemment étudiés et appliqués, peuvent nous permettre de fabriquer des bombes. Et ce savoir est transmis à n'importe qui qui est fort en physique !

Personnellement je pense qu'il faudrait faire preuve de certaines vertus morales, d'une certaine éthique, signes d'un niveau de conscience élevé, pour pouvoir avoir le privilège de recevoir ces connaissances. J'ai choisi ici un exemple facile, mais je pense que le principe s'applique à tout savoir.

Il reste, dans nos sociétés, quelques résidus de rites de passage tels les baptêmes, communions, mariages, funérailles; mais, dans l'ensemble, seule la forme extérieure en est restée. Le sens profond, souvent, s'est envolé et l'impact n'est pas ce que j'ai décrit plus haut...

3.2. Les initiations ésotériques

Celles-ci ne s'adressent pas à tout le monde mais uniquement à ceux qui se sentent appelés.
Et encore, parmi eux, tous ne sont pas élus. Donc, dans ce cas, il s'agit de permettre à quelques personnes, considérées comme particulièrement aptes ou prêtes ou douées ou autre chose, d'entrer dans un cheminement initiatique qui peut être collectif ou individuel.

Le processus initiatique présenté plus haut aura ouvert certaines portes et aura préparé le terrain pour un cheminement qui, lui-même, se présente sous forme de psychodrame.
L'initié reçoit un enseignement qui oeuvre, explicitement (même si présenté en d'autres mots) sur les archétypes: on proose généralement des méthodes qui permettent d'accepter à une connaissance qui est cachée au commun des mortels.

Pourquoi est-elle cachée au commun des mortels ? Parce que, justement, elle implique une approche consciente d'archétypes dont on n'a pas l'habitude d'user (si je puis dire) et que sont si profondément enfouis dans l'inconscient qui nous n'en avons pas ou très peu conscience (forcément).

Souvent, le nouvel initié peut avoir l'impression que rien de tout cela n'est tout à fait neuf, parce que tout était déjà là, en lui. Mais ce qui est tout neuf, c'est la prise de conscience de ce "en lui ou, plutôt, en soi". C'est la prise de conscience, également, du fait que l'intérieur de nous et l'extérieur, sont semblables. Et c'est ainsi que, petit-à-petit, les initiés cheminent vers une meilleure maîtrise de leurs profondeurs et vers une plus grande harmonie avec l'univers que la vision intérieure nous permet de découvrir.

Mais ce quelque chose en lui qui chemine, qui vibre, qui cherche..... c'est le Soi. La partie de l'être qui transcende le "Moi". Qui, loin de se contenter de s'adapter à la réalité extérieure immédiate, va au-delà, rencontre l'essence-même de la vie, l'essence-même de l'Etre, ce qui certains appellent le "Divin".

Ce "Soi" est souvent étouffé dans le mode de vie habituel. Il faut en déclencher l'éveil, c'est-à-dire la progressive prise de conscience. Lorsque ce "Soi" gagne l'entièreté de l'individu, il lui procure un sens absolu de chaque élément de sa vie. Il lui procure un sens absolu de chaque élément de sa vie. Il lui procure, au-delà de la simple communication entre "Moi-s", la communion avec tout ce qui est -dont lui-même. Il lui donne une plus grande confiance en la vie, à travers les épreuves qui font peut-être partie de son chemin initiatique personnel, intérieur, indépendamment du groupe ou de la personne qui initie.
Les personnes elles-mêmes relativement conscientes de leur propre Soi, reconnaissent l'autre, leur frère ou leur soeur, à un rayonnement particulier.
Mais il s'agit-là d'une fraternité par-delà les formes extérieures. Sur ce plan-là, ce n'est pas parce que deux personnes suivent le même enseignement initiatique qu'elles sont frères et soeurs, c'est parce que leurs "Soi" sont éveillés.
Et ce rayonnement va agir, même sur les personnes qui ne le perçoivent pas. Il va contribuer à les intier à son tour. Le vrai initié est donc quelqu'un dont l'être agit, sans qu'il aie besoin de faire quoique ce soit.

3.3. Initiation intérieure

Il s'agit donc là de la réelle initiation. Les initiations conférées par un ordre initiatique ou une personne ne sont que des éléments qui peuvent favoriser le déclenchenchement d'un processus initiatique intérieur.
Le processus intérieur se déroule essentiellement à la jonction conscient-inconscient. Il se manifeste notamment à travers les rêves qui constituent un fil d'Ariane privilégié dans cette quête d'un élargissement du champ de conscience et d'une meilleure "coordination" entre conscient et inconscient

(la suite vient bientôt...)

Auteur : Marianne Gassel (textes protégés par la SCAM, société de gens de lettres, n° d'enregistrement 00 929 )